samedi 7 juin 2008
16:08

Gafsa ; jusqu’à quand ? On veut profiter de l’été !


C’est l’été, revitalisez vous. C’est la fête, les délires, la liberté. C’est l’été, chacun va de son coté programmer.

Ma collègue fait un régime pour bien enfiler son nouveau maillot de bain, l’autre cherche un beau mec à draguer pour l’accompagner durant toutes les soirées. Mon ami est en pleins préparatifs pour son mariage, mon cousin cherche un studio pieds dans l’eau afin de s’éclater entre mecs

Sassou est allée acheter la dernière gamme solaire d’une grande maison de produits cosmétiques pour bien bronzer l’été. D’ali fait des séances intensives de musculation pour bien frimer sur la plage. Mon oncle est allé chercher un climatiseur pour l’installer dans la salle de bain… Mayy a déjà réservé une table VIP dans la discothèque la plus en vogue du moment. Momo a déjà commandé des bouteilles de Vodka arome framboise de sa cousine Sony qui vient de Londres pour passer ses vacances d’été. Le pauvre Doudi passe sa journée devant l’embrassade d’Espagne pour avoir son visa pour 20 jours à Ibiza.

La pauvre Foufa doit changer toute sa garde robe puisque ses anciens fringues ne sont plus assortis avec sa nouvelle couleur de ses cheveux. Mon voisin a déjà changé son portable avec une couleur qui va mieux avec la couleur de sa nouvelle voiture.

Et moi ?

De ma place, j’ai tourné la tête en direction du sud. Je n’ai pas dépassé les frontières, je n’ai pas voyagé, mais j’ai juste regardé. Des tunisiens qui sont tout comme nous. Des tunisiens, mes collègue, mes cousins, mes amis, mes voisins, mes frères dont leur sort a fait qu’ils soient nés à Gafsa.

Leur sort a fait, qu’ils programment l’été à leur manière. Sous la pluie de la faim et de la torture, sous le soleil bronzant de la misère, de la discrimination et du chômage. Mes amis sont innocents, mais ils accueillent l’été à bras ouverts, sous les menaces des matraques, sous le chant ensorcelant des cris d’une maman perdant un fils à 24 ans. Les larmes des détenus arroseraient les terres de Gafsa cette année, pour un été plus frais. Le sang de Hichem, les feux d’artifices du transformateur se manifesteront chaque soirée pour illuminer et égayer les festivités.

Pleurons, crions, pleurons, mais surtout ne parlons pas. Nous sommes contents pour tout le bonheur qui règne, pour la nouvelle gamme de produits solaires, pour les régimes, pour la nouvelle collection des maillots de bain, pour la nouvelle tendance des coupes des cheveux, pour le dernier cri du dernier portable…

Pleurons, mais surtout taisons nous. Taisons nous, les paroles ne servent à plus rien du tout…

4 commentaires:

3amrouch a dit…

je refuse de me taire
je le refuse
Je revendique le droit de connaitre la vérité
d'avoir des excuses
je crie

Da7dou7a a dit…

Moi aussi. Depuis ce matin, j'ai décidé de ne plus me taire, de ne plus être fataliste concernant la politique... Il faut qu'on parle, qu'on crie, qu'on leur crache le morceau à la figure... Il faut faire quelque chose! Il faut bouger. Même si on n'arrivera qu'à perturber leur dictature sereine, c'est mieux que la résignation, mieux que la soumission.

lasnumberone a dit…

@3amrouch: contente que tu sois passé chez moi, même si les circonstances ne me permettent pas d'exprimer ma joie, moi j'ai perdu la voix

lasnumberone a dit…

@Da7dou7a: quelque chose; pleurer notre sort et notre tristesse,crier et se scarifier le visage